DIODORE DE SICILE : livre XXV et suivants
HISTOIRE UNIVERSELLE DE DIODORE DE SICILE
traduite en français par Monsieur l'Abbé TERRASSON
Tome septième
Paris 1744
livre 32 : histoire
d'androgynes ; Viriathe
livre 34 : première guerre servile en Sicile : Eunus (- 140)
livre 36 : deuxième guerre servile en Sicile : Athénion et Tryphon (-104 -100)
LIVRE XXV
I. Le
philosophe Epicure dans son Livre des maximes généralement reçues, dit
que celui qui ne sécarte jamais des lois de la justice passe ordinairement
sa vie sans trouble : au lieu que lhomme injuste sattire à lui-même une
infinité daffaires fâcheuses qui ne le laissent jouir daucun repos :
excellent principe, qui enferme beaucoup dautres très capables de guérir
les hommes de toutes les inclinations perverses qui pourraient les porter à
nuire aux autres, et par conséquent à eux-mêmes. Linjustice est la source
de tous les maux, non seulement à légard des particuliers et des hommes dune
condition commune : mais elle a jeté dans les derniers malheurs les Rois, les
peuples, et les nations entières. Les Carthaginois, en guerre avaient toujours
pour eux lEspagne, la Gaule, les îles Baléares, la province Africaine, la
Carthaginoise proprement dite, la Ligurie, et beaucoup desclaves nés dun
père grec, ou dune mère grecque...
On vit alors par lexpérience combien lhabileté dun commandement lemporte
sur lignorance du vulgaire, et sur lopinion précipitée dun nouveau
soldat...
Tel est lavantage que ceux qui gouvernent tirent de la modestie et de la
modération qui les empêche de rien entreprendre qui passe les forces
humaines... Au sortir de la Sicile les mercenaires des Carthaginois se
soulevèrent contre eux sur les prétextes suivants... Ils demandaient des
dédommagements exorbitants pour les hommes et les chevaux quils avaient
perdus dans la Sicile... Ils firent la guerre entre eux pendant quatre ans et
quatre mois. Ils furent enfin égorgés par le commandant Barcas qui avait
combattu courageusement contre les Romains dans la Sicile.
II. Le
Carthaginois Amilcar dans le cours de sa préture, avait procuré des
accroissements considérables à la puissance et à la gloire de sa patrie ; en
conduisant sa flotte jusquaux colonnes dHercule et à Cadix. Les habitants
de cette dernière ville sont une colonie des Phéniciens, établie à lextrémité
de notre continent sur lOcéan, où elle a un port. Cette colonie ayant
vaincu les Ibériens et les Tartessiens commandés par Istolatius chef des
Celtes, et par son frère, détruisit toute la nation, et fit mourir les deux
principaux chefs et quelques autres des plus considérables ; et elle ne
conserva que trois mille homme pris vivants dans le combat, et quelle fit
passer dans ses troupes. Quelque temps après un autre de leurs capitaines
nommé Indorrés, ayant trouvé moyen de rassembler jusquà cinquante mille
hommes, senfuit avant louverture dun combat quon lui présentait, et
se retira sur une hauteur. Attaqué lç par Amilcar en pleine nuit, Indorrés se
met encore en fuite, après avoir perdu la plus grande partie de ses troupes ;
et bientôt pris lui-même, il tombe vivant entre les mains dHamilcar qui lui
fait crever les yeux, et après toutes sortes dignominies le fait mettre en
croix. Mais il renvoya plus de dix mille prisonniers quil avait faits ; il
gagna aussi plusieurs villes par des promesses avantageuses, et en emporta
quelques autres de force.
Dans la suite Asdrubal, gendre dAmilcar fut renvoyé à Carthage par son
beau-frère, pour faire la guerre aux Numides qui venaient de se révolter
contre les Carthaginois. Asdrubal dès le premier combat en mit par terre plus
de huit mille, et en prit deux mille vivants : enfin la nation entière réduite
en servitude fut chargée dun tribut annuel. Cependant Amilcar ayant soumis
plusieurs villes en Espagne, y en bâtit une très grande, à laquelle sa
situation fit donner le nom de Roc-blanc. Acra-leuca. Mais ayant
assiégé ensuite une autre ville nommée Helice, il se fixa dans les environs,
en renvoyant la plus grande partie de son armée et ses éléphants, au
Roc-blanc pour y prendre leur quartier dhiver. Mais Orisson Roi dans le pays
faisant semblant de prendre le parti dAmilcar contre les assiégés, se
tourna tout à coup contre lassiégeant, et layant attaqué, il le mit en
fuite : et sauva ainsi ses fils mêmes, et les amis quil avait dans cette
ville ; après quoi il se retirait par un autre chemin. Amilcar voulant le
poursuivre entreprit de traverser un grand fleuve à gué sur son cheval, qui en
se cabrant le jeta dans leau où il se noya. Mais Annibal et Asdrubal ses
fils quil avait menés avec lui arrivèrent sains et saufs au Roc-blanc... Il
est juste quAmilcar, quoique mort plusieurs siècles avant le nôtre trouve
dans lHistoire lEpigraphe avantageuse quil a méritée. Asdrubal son
gendre apprenant la mort de son beau-frère leva aussitôt le siège dHelice
; et sen revint au Roc-blanc, où il ramena encore plus de cent éléphants.
Ce dernier ayant été déclaré général par son armée, et par le Sénat
même de Carthage, assembla dabord cinquante mille hommes de pied déjà tous
exercés à la guerre ; et dès la première bataille, il défit et tua le Roi
Orisson : après quoi il fit périr par le fer tous ceux qui avaient causé la
fuite dAmilcar, et se mit en possession de leurs villes qui étaient au
nombre de douze, et ensuite même de toutes les villes dEspagne. A quelque
temps de là ayant épousé la fille du Roi de cette contrée, il fut reconnu
par ses habitants commandant et souverain absolu de tout le pays. Il y bâtit
sur le bord de la mer une ville quil nomma Carthage la neuve, et auprès de
celle-ci une autre encore dans le dessein quil avait de surpasser en tout son
beau-père Amilcar. Il avait aussi levé une armée de soixante mille hommes de
pied, de huit cents chevaux et de deux cents éléphants. Mais tombant enfin
dans un piège que lui avait tendu un officier infidèle, il fut égorgé après
avoir commandé neuf ans les armées de sa patrie.
III. Les Celtes et les Gaulois entrant en guerre contre les Romains, avaient assemblé deux cent mille hommes au moyen desquels ils gagnèrent non seulement la première, mais encore la seconde bataille qui se donna entre les deux peuples, de sorte même que lun des consuls fut tué dans celle-ci. Les Romains avaient alors sur pied cinquante mille hommes dinfanterie et sept mille hommes à cheval. Quoique vaincus deux fois, ils se relevèrent et parvinrent dans la troisième attaque à tuer aux ennemis quarante mille hommes et à faire passer tout le reste sous le joug.... Le plus considérable des deux Rois ennemis se tua lui-même : mais le second tomba vivant entre les mains des vainqueurs. Aemilius fait consul en récompense dune victoire si complète, ravage les terres des Gaulois et des Celtes, leur enlève plusieurs forts et remplit Rome des richesses quon recueillit de la dépouille de des deux nations.
IV. Hieron de Syracuse envoya des vivres aux Romains dans le temps quils faisaient la guerre aux Celtes : mais il en fut amplement payé après la conclusion de cette guerre.
V. Après un intervalle danarchie, qui suivit le meurtre dAsdrubal , la milice de Carthage se donna pour chef à la pluralité des suffrages, Annibal fils aîné dAmilcar... Dans le temps quAnnibal faisait le siège de Sagonte, les citoyens assemblèrent dans un même lieu les vases sacrés de leurs temples. Là même ils apportèrent encore toute la vaisselle quils avaient dans leurs maisons, à laquelle ils joignirent les colliers, les pendants doreille de leurs femmes, en un mot tout ce quils pouvaient avoir chez eux en or et en argent quils firent fondre en y mêlant du fer et et plomb pour le rendre inutile aux ennemis. Sortant ensuite de leurs murailles et combattant avec une valeur héroïque, ils se font tuer jusquau dernier dentre eux, après avoir causé eux-mêmes de très grandes pertes aux ennemis. Les dames non moins résolues de leur côté, après avoir égorgé leurs enfants se jetèrent dans las fournaises quelles avaient allumées : de sorte quAnnibal entra enfin sans profit dans une ville en cendres. Les Romains sétant plaints dans la suite des infractions quAnnibal avait faites à un traité quils avaient passé avec lui et ne pouvant en avoir raison donnèrent lieu à une guerre quon a appelée Annibalique.
Livre XXVI
I. Il ny a aucun poète, aucun historien, ni aucun autre de ceux qui travaillent à linstruction des hommes par leurs écrits, qui parviennent à contenter tous les lecteurs et il ne peut pas se faire quaucun écrivain, quand même il atteindrait parfaitement son but, se mette à labri de toute critique, Phidias lui-même si estimé par la beauté des figures quil taillait en ivoire, ni Praxitèle qui semblait communiquer à la pierre les passions humaines, ni Appelle, ni Parrhasius, qui ont porté la peinture à un si haut degré par lexcellence de leurs coloris, nont point été assez heureux pour échapper à toute censure. Quels poètes ou quels orateurs ont été plus fameux quHomère ou que Démosthène et quels hommes ont mené une ville plus irréprochable quAristide et que Solon ? Cependant on a lu des discours où leur capacité et leur vertu sont attaquées. Pour dire même vrai, quoiquils eussent formé et exécuté lun et lautre dexcellentes entreprises, linfirmité humaine ne leur a pas permis dêtre en tout et par tout exempts derreur ou de faute. Il y a une espèce dhommes jaloux et dailleurs peu éclairés qui sont peu touchés de ce quil y a de noble et de généreux dans le caractère et dans les actions dun personnage de lhistoire et très capables au contraire de se prêter à une interprétation désavantageuse quon leur rend probable. Les actions humaines tirent leur pris non pas des passions ou du jugement dautrui mais du principe et du motif de celui qui les fait. Dailleurs on ne peut assez admirer la malheureuse subtilité de ceux qui cherchent à se procurer de la gloire par le tour désavantageux quils savent donner aux actions des autres ... Il y a certaines choses dans la nature qui ne paraissent faites que pour nuire comme la neige et la gelée à légard des fruits : mais comme lextrême blancheur de la neige éblouit les yeux de ceux qui la regardent trop longtemps, il y a certains hommes qui incapables deux-mêmes de faire aucune action éclatante, sen consolent ou sen vengent en donnant un mauvais tour à celles quils voient faire à dautres. Mais il convient aux esprits équitables daccorder les louanges qui sont dues à ceux qui ont porté la vertu au plus haut point où elle puisse atteindre et de ne refuser pas même la portion quen ont mérité ceux à qui linfirmité humaine na pas permis daller aussi loin que les premiers. Mais en voilà assez contre les détracteurs et les envieux.
II. A lexemple des athlètes qui se sont exercés longtemps avant de descendre sur larène, ils sétaient acquis une grande expérience et ils avaient rassemblé de grandes forces.
III. Ménodore de Corinthe a écrit lHistoire de la Grèce en quatorze livres et Sosilus dIlium celle dAnnibal en sept livres.
IV. La légion romaine était composée de cinq mille hommes.
V. Les hommes sassemblent volontiers autour de ceux que la fortune favorise et méprisent ceux à qui elle devient contraire.... Lâme qui est immuable de la nature se trouvera pourtant un jour dans une situation différente de celle où elle est aujourdhui.
VI. La ville de Rhodes ayant été extraordinairement endommagée par un grand tremblement de terre, Hiéron de Syracuse envoya pour la réparation de ses murailles le poids de six talents dargent et des cuves de ce métal dun très grand prix, sans parler de tout largent monnayé quil fit venir aux Rhodiens. Il les exempta aussi du tribut que lui devaient tous les vaisseaux chargés de vivres qui partaient de la Sicile.
VII. La ville qui porte aujourdhui le nom de Philippolis, sappelait autrefois Thèbes Phtiotide.
VIII. Lusage continu des plaisirs et de tous les accompagnements dune vie molle et délicieuse avait alors détruit en eux la patience, la tranquillité et la sérénité même quils conservaient dans la privation de toutes les commodités de la vie et leurs âmes, aussi bien que leurs corps, sétaient absolument efféminées. La nature ne revient pas volontiers à la frugalité dont elle est une fois sortie et ne reprend pas aisément les travaux dont elle sest lassée ; elle se plonge au contraire de plus en plus dans loisiveté et dans le luxe dont elle a une fois goûté. Annibal sest emparé, par beaucoup de travaux et de fatigues, des villes qui appartenaient aux Romains dans le territoire des Brutiens, prit aussi Crotone et se disposait à assiéger Rhège : sétant déjà rendu maître jusquà cette ville, de tout ce qui appartenait aux Romains du côté de lOccident, ou depuis les colonnes dHercule.
LIVRE XXXI
I. Pendant que ces choses se passaient il vint à Rome des ambassadeurs de la part des Rhodiens, pour justifier cette ville des infidélités quon lui reprochait. Car on disait que dans la dernière guerre que lon avait eue contre le roi Persée, les Rhodiens trahissant lamitié et lalliance des Romains, avaient favorisé leur ennemi. Ces ambassadeurs ne réussissant point dans leur objet tombèrent dans un grand découragement et sadressaient les larmes aux yeux aux principaux citoyens de la ville. Antonius tribun du peuple les ayant introduits dans le Sénat, lambassadeur Philophron exposa le premier lobjet de leur ambassade, et Astimedès parla ensuite. Après avoir dit lun et lautre beaucoup de choses propres à fléchir leurs auditeurs, et après avoir même emprunté, suivant le proverbe, la voix du cygne près de la mort, on leur répondit à peine quelques paroles ; de quoi ils tirèrent un augure favorable. Mais on les accabla ensuite de reproches sur linfidélité dont il sagissait... On voit que les grands hommes chez les Romains ne disputaient entre eux que de gloire : émulation bien avantageuse aux peuples qui vivent dans un pareil gouvernement. Parmi les autres nations, les puissants sont toujours jaloux et envieux les uns des autres : mais les Romains se louent et se soutiennent mutuellement ; et ne soccupant tous que de lutilité publique, ce concours dintentions les porte à faire de très grandes choses : au lieu que chez les autres peuples, chacun cherchant par une gloire mal entendue à sélever aux dépens des autres, ils se nuisent tous réciproquement, et font par là de très grands torts à leur patrie commune.
II. Persée dernier roi de Macédoine qui sétait souvent lié damitié avec les Romains, et qui souvent aussi leur avait déclaré très sérieusement la guerre, fut enfin vaincu, et pris par le consul L. Aemilius Paulus qui acquit par cette victoire lhonneur dun triomphe distingué. Persée tombé en des malheurs tels quils semblent être des fictions fabuleuses, ne renonçait pourtant point encore à la vie. Avant que le Sénat eut déterminé par quel genre de supplice il fallait le faire passer, un des préteurs lenferma avec ses enfants dans la prison dAlbe. Cette prison est une caverne creuse fort avant sous terre, et de la grandeur dune salle de dix tables, fort puante dailleurs à cause du grand nombre de criminels quon y détenait en attendant leur jugement. Il arrivait à plusieurs de ceux qui étaient enfermés dans un lieu que le nombre des prisonniers rendait étroit de sy couvrir de poils et dy devenir aussi velus que des animaux. Comme les aliments et les autres besoins de la vie étaient assemblés là sans ordre, le tout ensemble causait une puanteur insupportable. Il passa dans ce lieu là sept jours entiers, réduit même à demander quelques morceaux de pain à dautres prisonniers auxquels on ne donnait que par mesure, et qui le lui cédaient en déplorant eux-mêmes la situation. Quelques-uns deux lui présentèrent un poignard et une corde, pour terminer une vie aussi malheureuse que la sienne. Mais on dirait que les malheureux se consolent de tous leurs maux par la vie même. Il laurait pourtant bientôt perdue dans cette situation, si M. Aemilius chef du Sénat ayant égard à la dignité du prisonnier et à lhonneur même de la République, neut fait des remontrances très vives à toute lassemblée, en disant que si lon navait point dégard aux jugements des hommes, on devait craindre au moins la déesse Némésis armée contre ceux qui abusent de leur avantage. Là dessus on fit passer le captif dans une prison moins obscure, où se laissant flatter despérances plus heureuses, il retomba dans des peines encore plus cruelles que les précédentes : car mis entre les mains de satellites barbares, qui se relevaient pour lempêcher de dormir, il perdit la vie dans cette cruelle espèce de supplice.
Cappadoce.
Dynastie des Ariarathides.
I
Datames satrape de
Cappadoce 362-330.
1 enfant:
- Ariamnes I. cf: dessous.
II Ariamnes I.
2 enfants:
- Ariarathes I satrape de Cappadoce. cf: dessous.
- Holophernes.
1 enfant:
- Ariarathes II (adopté par Ariarathes I satrape de
Cappadoce) roi de Cappadoce. cf: dessous.
III
Ariarathes I satrape
de Cappadoce 330-322.
1 fils adopté:
- Fils adopté: Ariarathes II roi de Cappadoce. cf:
dessous.
IV Ariarathes
II roi de Cappadoce
301-280.
1 enfant:
- Ariamnes II roi de Cappadoce. cf: dessous.
V Ariamnes II
roi de Cappadoce 280-262.
1 enfant:
- Ariarathes III roi de Cappadoce. cf: dessous.
VI Ariarathes
III roi de Cappadoce
262-220.
épouse: Stratonice fille d'Antiochos II roi de Syrie. cf: Dynastie
Seleucide.
1 enfant:
- Ariarathes IV Eusebes roi de Cappadoce. cf: dessous.
VII
Ariarathes IV Eusebes
roi de Cappadoce 220-163.
épouse: Antiochis fille d'Antiochos III roi de Syrie. cf: Dynastie
Seleucide.
2
enfants:
- Ariarathes V Eusebes roi de Cappadoce. cf: dessous.
- Stratonice.
épouse: Eumenes II roi de Pergame. cf: Pergame.
VIII
Ariarathes V Eusebes Philopator
roi de Cappadoce 163-126.
épouse: Nysa.
1 enfant:
- Ariarathes VI Epiphanes roi de Cappadoce. cf:
dessous.
III. Les rois de Cappadoce font
remonter leur origine à Cyrus, roi de Perse, et se font descendre en même
temps dun des sept Perses qui tuèrent le mage usurpateur de lempire.
Voici comment ils établissent leur généalogie. Arosta était soeur de
Cambyse, père de Cyrus. DAtosta et de son époux Pharnace, roi de Cappadoce,
naquit Gallus père de Smerdis, qui eut pour fils Artamès père dAnaphas. Ce
dernier fut un prince dun grand courage, et un des sept qui exterminèrent
les mages. Il eut pour successeur un fils du même nom que lui. Ce dernier
laissa deux fils Daramès et Arymnée dont laîné Daramès lui succéda,
prince courageux, et doué de toutes les qualités dun grand roi. Mais ayant
eu une guerre contre les Perses, il fut tué dans un combat où il avait donné
de grandes preuves de valeur. Son fils Ariamnès lui succéda, et eut lui-même
un fils Ariarathès et Holopherne. Enfin Ariamnè mourut, après un règne de
cinquante ans, pendant lequel il ne se passa rien de mémorable. Ariarathès laîné
de ses fils lui succéda.(ARIARATHES I) On rapporte de celui-ci quil aima
extraordinairement son frère Holopherne, et quil le revêtit de toutes les
dignités éminentes de son état. On ajoute quAriarathès se joignit aux
Perses qui portaient la guerre en Egypte, doù il revint comblé des honneurs
dont Ochus, roi de Perse, lavait revêtu en considération de sa valeur. Il
mourut enfin dans ses états, en laissant deux fils Ariarathès et Arisas son
frère, et qui nayant point denfants adopta Ariarathès laîné de ses
neveux. (ARIARATHES II)
Ce fut à peu près en ce temps-là quAlexandre, roi de Macédoine, passant
en Asie renversa lempire des Perses, et mourut lui-même bientôt après.
Perdiccas qui se trouva chargé en quelque sorte du soin de la succession,
envoya Eumène pour commander en Cappadoce. Celui-ci ayant vaincu et tué
Ariarathès dans le combat, la Cappadoce et les pays dalentour furent réunis
au nouvel empire de la Macédoine.
(ARIARATHES III) Mais un troisième Ariarathès fils du roi précédent, qui
suspendit pour lors le dessein de remonter sur le trône de ses ancêtres, se
retira dans lArménie avec le peu de troupes qui lui restaient. Cependant
Eumène et Perdiccas étant morts, et Antigonus et Seleucus soccupant chacun
de son côté de soins plus importants, Ariarathès emprunta des troupes dArdoarus,
roi dArménie ; par le secours desquelles il tua Amyntas chef des
Macédoniens quil mit hors des provinces, et recouvra le royaume de ses
pères. Il eut trois fils dont laîné Ariamnès lui succéda. Il contracta
une alliance avec Antiochus surnommé Dieu, en épousant Stratonice fille dAriarathès
(ARIARATHES IV), fils aîné de ce roi. Cer Antiochus qui aimait extrèmement
les enfants, donna lui-même le diadème à son fils, et partagea avec lui tous
les honneurs du trône, sur lequel après la mort de son père, il demeura seul.
Mais mourant lui-même quelque temps après, il laissa pour succéder son fils
nommé aussi Ariarathès (ARIARATHES V) et encore dans la première enfance.
Celui-ci épousa Antiochide, fille dAntiochus le grand, princesse très
rusée. Comme elle navait point denfants, elle trouva moyen den
supposer deux à son mari Ariarathès et Holopherne : mais dans la suite,
devenant grosse elle-même, elle mit au monde contre toute espérance deux
filles, et un fils nommé Mithridate. Avouant alors à son mari la supposition
précédente, elle lui persuada denvoyer à Rome le premier de ses deux fils
supposés avec une pension médiocre, et le second en Ionie ; afin quils ne
fissent aucun obstacle à la succession légitime de son véritable fils. On dit
que celui-ci parvenu à la fleur de lâge, voulut prendre le nom dAriarathès,
se fit enseigner toutes les sciences de la Grèce et se rendit célèbre par ses
vertus. Dun autre côté le roi son père songeait à récompenser lamour
que son fils avait pour lui, et leur bienveillance mutuelle alla au point que le
père voulant céder absolument la couronne à son fils, celui-ci déclara quil
ne donnerait jamais lexemple dun fils monté sur le trône du vivant de
son père. Il ne lui succéda en effet quaprès sa mort, et il conforma toute
sa vie aux préceptes de la philosophie quil avait embrassée . Il arriva
même de là que la Cappadoce, pays auparavant peu connu des Grecs, devint sous
son règne une retraite favorable pour les savants et tous les sages. Il
renouvela de plus et entretint toujours lalliance quil avait contractée
avec les Romains. Nous terminerons ici la généalogie ou la descendance des
rois de Cappadoce que nous avons fait remonter jusquà Cyrus.
IV. On a fait de tout temps les figures et les représentations des Romains distingués par leur noblesse et par la gloire de leurs ancêtres, et ces figures rendent avec fidélité parfaite, non seulement des traits de leurs visages, mais toutes les circonstances de leur taille : car il y a des peintres ou des sculpteurs qui à ce dessein observent pendant tout le cours de leur vie, leur maintien, leur attitude en marchant et toute lhabitude de leurs corps. Chacune des grandes familles a dans sa maison ses ancêtres revêtus chacun des marques de dignités auxquelles ils ont été élevés, et des honneurs auxquels ils sont parvenus.
V. Le préteur Memnius qui avait obtenu la décoration de six vaisseaux, fut envoyé en Espagne à la tête dune armée. Mais les portugais tombèrent sur la flotte dans lembarras de la descente, le battirent et lui firent perdre la plus grande partie de son équipage. Le bruit de cet avantage des Portugais sétant répandu, les Tarragonais qui se croyaient bien plus vaillants queux vinrent à mépriser les Romains ; et ce fut à cette occasion que la nation assemblée en forme, entreprit et déclara la guerre à Rome.
LIVRE XXXII
I. Alexandre, roi de Syrie, vaincu par Démétrius, prit la fuite, accompagné de cinq cents hommes, du côté dAbas ville dArabie, dans le dessein de se réfugier chez le prince Dioclès, auquel il avait déjà confié son fils Antiochus encore dans lenfance. Mais les chefs du parti du capitaine Heliade, qui se trouvaient dans son armée, envoyèrent à celui-ci des députés secrets qui lui offrirent de tuer Alexandre dans sa fuite. Démétrius lui-même favorisant ce projet, les traîtres exécutèrent ce crime, par lequel fut accompli loracle qui avait averti le roi Alexandre déviter un lieu où lon aurait vu un être à deux formes.
Comme le texte qui suit a été expurgé par le traducteur, voici le texte en anglais :
http://www.ucpress.edu/books/pages/8914/8914.ch01.html
There was dwelling at Abae in Arabia a certain man named Diophantus, a Macedonian by descent. He married an Arabian woman of that region and begot a son, named for himself, and a daughter named Herais. Now the son he saw dead before his prime, but when the daughter was of an age to be married he gave her a dowry and bestowed her upon a man named Samiades. He, after living in wedlock with his wife for the space of a year, went off on a long journey. Herais, it is said, fell ill of a strange and altogether incredible infirmity. A severe tumour appeared at the base of her abdomen, and as the region became more and more swollen and high fevers supervened, her physicians suspected that an ulceration had taken place at the mouth of the uterus. They applied such remedies as they thought would reduce the inflammation, but notwithstanding, on the seventh day, the surface of the tumour burst, and projecting from her groin there appeared a male genital organ with testicles attached. Now when the rupture occurred, with its sequel, neither her physician nor any other visitors were present, but only her mother and two maidservants. Dumfounded at this extraordinary event, they tended Herais as best they could, and said nothing of what had occurred. She, on recovering from her illness, wore feminine attire and continued to conduct herself as a homebody and as one subject to a husband. It was assumed, however, by those who were privy to the strange secret that she was a hermaphrodite, and as to her past life with her husband, since natural intercourse did not fit their theory, she was thought to have consorted with him homosexually. Now while her condition was still undisclosed, Samiades returned and, as was fitting, sought the company of his wife. And when she, for very shame, could not bear to appear in his presence, he, they say, grew angry. As he continually pressed the point and claimed his wife, her father meanwhile denying his plea but feeling too embarrassed to disclose the reason, their disagreement soon grew into a quarrel. As a result, Samiades brought suit for his own wife against her father, for Fortune did in real life what she commonly does in plays and made the strange altercation lead to an accusation. After the judges took their seats and all the arguments had been presented, the person in dispute appeared before the tribunal, and the jurors debated whether the husband should have jurisdiction over his wife or the father over his daughter. When, however, the court found that it was the wife's duty to attend upon her husband, she at last revealed the truth. Screwing up her courage, she unloosed the dress that disguised her, displayed her masculinity to them all, and burst out in bitter protest that anyone should require a man to cohabit with a man. All present were overcome with astonishment and exclaimed with surprise at this marvel (paradoxon). Herais, now that her shame had been publicly disclosed, exchanged her woman's apparel for the garb of a young man.And the physicians, on being shown the evidence, concluded that her male organ had been concealed in an egg-shaped portion of the female organ, and that since a membrane had abnormally encased the organ, an aperture had formed through which excretions were discharged. In consequence they found it necessary to scarify the perforated area and induce cicatrization: having thus brought the male organ into decent shape, they gained credit for applying such treatment as the case allowed.
Herais, changing her name to Diophantus, was enrolled in the cavalry and after fighting in the king's forces accompanied him in his withdrawal to Abae. Thus it was that the oracle, which previously had not been understood, now became clear when the king was assassinated at Abae, the birthplace of the "two-formed one." As for Samiades, they say that he, still in thrall to his love and its old associations, but constrained by shame for his unnatural marriage, designated Diophantus in his will as heir to his property, and made his departure from life. Thus she who was born a woman took on a man's courage and renown, while the man proved to be less strong-minded than a woman. (Diodorus Siculus, XXXII 10.2 [ = Photius, Library, codex 244, 377b])
A change of sex under similar conditions occurred thirty years later in the city of Epidaurus. There was an Epidaurian child, named Callo, orphaned of both her parents, who was supposed to be a girl. Now the orifice with which women are naturally provided had in her case no opening, but beside the so-called pecten [pubis] she had from birth a perforation through which she excreted the liquid residues. On reaching maturity she became the wife of a fellow-citizen. For two years she lived with him, and since she was incapable of intercourse as a woman, she was obliged to submit to unnatural embraces. Later a tumour appeared on her genitals and because it gave rise to great pain a number of physicians were called in. None of the others would take the responsibility for treating her, but a certain apothecary, who offered to cure her, cut into the swollen area, whereupon a man's privates were protruded, namely testicles and an imperforate penis. While all the others stood amazed at the extraordinary event, the apothecary took steps to remedy the remaining deficiencies. First of all, cutting into the glans, he made a passage into the urethra, and inserting a silver catheter drew off the liquid residues. Then, by scarifying the perforated area, he brought the parts together. After achieving a cure in this manner he demanded double fees, saying that he had received a female invalid and made her into a healthy young man.Callo laid aside her loom-shuttles and all other instruments of woman's work, and taking in their stead the garb and status of a man, changed her name (by adding a single letter, N, at the end) to Callon. It is stated by some that before changing to man's form she had been a priestess of Demeter, and that because she had witnessed things not to be seen by a man, she was brought for trial for impiety. (Diodorus Siculus, XXXII 11 [ = Photius, Library, codex 244, 378b])
Not that the male and female natures have been united to form a truly bisexual type, for that is impossible, but that Nature, to mankind's consternation and mystification, has through the bodily parts given this impression. And this is the reason why we have considered these shifts of sex worthy of record, not for the entertainment, but for the improvement of our readers. For many men, thinking such things to be portents, fall into superstition, and not merely isolated individuals, but even nations and cities. (Diodorus Siculus, XXXII 12, 1 [ = Photius, Library, codex 244, 378b-379a])
Avis au lecteur.
Il sagit dans le reste de cet article de lhistoire dune hermaphrodite, nommée Heraïs, de la ville dAbas, en Arabie. Elle avait était épousée comme femme par un homme de la nation, et ce ne fut en effet que pendant labsence de son mari, et à la suite dune violente maladie et dune éruption contre nature, quelle devint homme sans cesser dêtre femme. Tout cela est accompagné dans lauteur dun assez long détail que je crois devoir supprimer dans une traduction française. Du reste Heraïs cessant dans la suite dhabiter avec son mari, se fit déclarer homme, prit le nom de Diophante, et alla même à la guerre. Au contraire son mari Samiadès, désolé de cette aventure, se donne la mort, en laissant tout son bien à sa femme, quoiquelle eût changé de sexe. Et comme cette aventure était arrivée à Abas dArabie : cétait là le sens de lavis donné au roi Alexandre, tué dans ce même endroit, déviter un lieu où lon aurait vu un être à deux formes. Mais à cette occasion lauteur rapporte encore deux faits semblables. Le premier arriva trente ans après dans Epidaure, à légard dune fille appelée Callo, qui souffrit beaucoup entre les mains dun chirurgien, qui fut obligé demployer des opérations très douloureuses pour aider la nature qui tendait à la faire changer de sexe. En étant cependant venu à bout, il demanda une double récompense : lune pour avoir guéri une fille, et lautre pour en avoir fait un homme. Cependant Callo par la seule addition dun "n" sappela Callon. Mais comme elle avait été prêtresse de Cérès, la superstition et linjustice de ce temps-là la firent dabord appeler en jugement comme ayant vu des cérémonies ou des mystères quil nétait pas permis aux hommes de voir.
Le second exemple dandrogyne ou dhermaphrodite rapporté par lauteur à loccasion dHaraïs, avait paru dans le voisinage de Rome, au commencement de la guerre contre les Marses. Un mari qui avait épousé une femme comme telle, crut devoir dénoncer son aventure au Sénat, et suivant les préventions grossières et inhumaines de ces premiers temps, soutenues par les haruspices, le Sénat condamna cette malheureuse femme à être brûlée vive. Les Athéniens quelque temps après en usèrent de même à légard dun sujet semblable. Ce sont peut être des singularités de cette espèce, dit lauteur en finissant cet article, qui ont fait imaginer les Hyanes, espèce de monstres, qui dune année à lautre, deviennent alternativement mâles et femelles. Mais ce ne sont, ajoute-t-il, et fort heureusement, que des accidents particuliers ; ce qui doit nous guérir de la superstition, comme de la plus cruelle de toutes les erreurs humaines.
II. On dit que les murs de Carthage avaient soixante coudées de hauteur, sur vingt-deux dépaisseur ; ce qui nempêcha point que les Romains animés par leurs exploits précédents, et munis dailleurs de toutes les machines quon peut employer dans un siège, ne lemportassent de force, après quoi ils lamirent au niveau de la terre.
III. Manassez, en latin Massinissa, roi en Afrique, et qui sétait toujours entretenu dans lamitié des Romains, vécut quatre-vingt dix ans dans une beauté toujours égale, et mourut enfin en confiant à la République les dix enfants quil laissait après lui. Cétait un homme fort et puissant, et accoutumé depuis son enfance aux exercices les plus vigoureux. Il se tenait debout des journées entières, ou sil était assis pour quelque ouvrage, il le continuait jusquau soir sans se lever de son siège. Il passait à cheval un jour et une nuit tout de suite. Un signe de son merveilleux tempérament, fut quarrivé à quatre-vingt-dix ans, il eut un fils, qui dès lâge de quatre ans avait une force extraordinaire. Il sétait extrêmement adonné pendant le cours de sa vie à la culture des terres, il laissa à chacun de ses enfants un champ de dix mille arpents détendue, fourni de tous les instruments propres au labourage, et lui-même avait administré son royaume pendant soixante ans avec beaucoup de sagesse.
IV. Nicomède faisant la guerre à son père Prusias, le fit fuir jusque dans un temple de Jupiter, où il eut encore la barbarie de le tuer. Et ce fut par cet horrible parricide quil parvint à la couronne de Bithynie.
V. Les Portugais nayant pas dabord à leur tête un chef assez habile, se laissèrent vaincre par les Romains. Mais sétant mis ensuite sous la conduite de Viriathus, ils jetèrent les Romains à leur tour dans de grandes pertes. Celui-ci était né dans la partie du Portugal qui regarde lOcéan. Accoutumé dès son enfance à la profession de berger, et ayant passé sa vie sur les montagnes, il y avait acquis un tempérament très robuste. Il surpassait en force et en légèreté de corps tous les habitants de son pays. Il sétait même accoutumé à de violents exercices, quil ne soutenait quau moyen dune nourriture très légère, et dun sommeil très court. Il avait toujours sur lui des armes toutes de fer et très pesantes ; et il cherchait à combattre contre des brigands ou contre des bêtes sauvages. Devenu célèbre dans sa patrie par ces sortes dexercices, il se trouva bientôt chef des bandits, et se rendit assez habile à la guerre pour y acquérir la réputation dun grand capitaine. Il était extrêmement équitable dans le partage des dépouilles quil distribuait toujours à proportion des preuves de valeur quon avait données. Il eut souvent affaire aux Romains, et lemporta sur eux plus dune fois. Il vainquit entrautres leur commandant Vetilius dont il détruisit larmée, quil prit vivant et quil tua de sa main. Il eut ensuite dautres avantages, jusquà ce que Fabius étant nommé commandant contre lui, il commença à baisser de réputation. Cependant ayant encore rassemblé ses troupes, il prit de lavantage sur Fabius même, et le réduisit à des conventions qui ne parurent pas dignes du nom romain. Mais Caepion qui fut mis ensuite à la tête de larmée contre Viriathus, annula ces conventions. Layant battu plus dune fois, et réduit même à la dernière infortune, il le fit tuer par la trahison de quelques domestiques du vaincu. Il épouvanta de même Tantalus, successeur du mort, et ayant écarté ses troupes, il lamena aux conditions quil lui plut de lui imposer, après quoi il lui accorda un territoire et même une ville pour habitation.
LIVRE XXXIV.
I. Le roi Antiochus forma le siège de Jérusalem, les Juifs le soutinrent courageusement pendant quelque temps ; mais ayant consumé toutes leurs provisions, ils furent obligés denter en négociation avec lui. La plupart de ses confidents lui conseillaient demporter la ville de force, et dexterminer la race des Juifs comme une nation qui ne contractait alliance avec aucune autre, et qui les regardait toutes comme ennemie. On lui représentait que leurs ancêtres avaient été chassés de toute lEgypte comme des impies et des hommes haïs des dieux. Que leurs corps étant couverts de dartres et de lèpre on les avait forcé de se réfugier en des lieux déserts et inhabités. Quen conséquence de cette expulsion, ils sétaient réunis en corps dans un camp quils avaient trouvé libre autour du terrain où Jérusalem est actuellement placée, et que rassemblés là ils entretiennent ensemble la haine quils ont pour tous les autres hommes. Quune de leurs lois est de ne se mettre jamais à table avec aucun étranger, et même de ne lui souhaiter aucun bien. On ajoutait quAntiochus, surnommé lIllustre, ayant vaincu les Juifs, avait pénétré jusque dans le sanctuaire, où suivant leur loi, il nétait pas permis dentrer quau Grand Prêtre. Le roi vit là une statue de pierre représentant un homme à grande barbe qui était assis sur un âne. Il jugea que cétait Moïse, fondateur de Jérusalem, qui fit prendre de grands accroissements à la nation, mais qui lui inspira en même temps par des lois odieuses, de haïr tous les autres peuples. Cest pour cela quAntiochus qui détestait ces principes, fit immoler devant la statue de ce fondateur, sur lautel qui était à lair au-dehors du temple, un grand pourceau, avec le sang duquel il voulut quon arrosât les Livres Sacrés des Juifs, qui ne respiraient que laversion et la haine pour les étrangers. Il fit éteindre aussi la lampe quils appelaient immortelle, et qui brûlait perpétuellement dans leur temple. Mais de plus il força le Grand Prêtre et dautres Juifs à manger des viandes qui leur étaient interdites par leurs lois. Tous les officiers du roi lexhortaient vivement à exterminer la nation entière, ou du moins à la forcer de prendre dautres coutumes et dautres moeurs. Mais le roi qui avait une grande élévation desprit, et qui était de plus extrêmement doux et humain, se contenta dexiger des Juifs un tribut pour la sûreté duquel il prit des otages : après quoi faisant raser les murailles, il oublia dailleurs toutes les accusations portées contre eux.
II. Les affaires de la Sicile ayant prospéré soixante ans de suite, après la ruine des Carthaginois, cette île vit naître la guerre quon appela servile, ou des esclaves, et dont voici lorigine. Les Siciliens ayant amassé de grandes richesses à la faveur de la longue paix dont ils jouissaient, avaient acheté un grand nombre desclaves ; et les particuliers les faisant venir dun marché où on les tenait tous ensemble, les marquaient dun fer chaud pour les distinguer. On en faisait des bergers, sils étaient bien jeunes, et on employait les autres à dautres services. Mais on les traitait tous avec une extrême dureté, et à peine leur donnait-on le nécessaire pour la nourriture ou pour lhabillement. Il arriva de là quune partie dentreux sadonna au vol ou au pillage, et le pays se remplissait de brigands et dassassins. Les commandants dans les provinces entreprirent dabord dapporter quelque remède à ce désordre. Mais comme on nosait pas en faire une punition exemplaire, en considération des maîtres auxquels ces malfaiteurs appartenaient ; ces commandants semblaient conniver à se brigandage : car comme la plupart des maîtres de ces esclaves étaient des chevaliers romains, juges eux-mêmes des intendants des provinces, ils étaient formidables pour ces intendants. Il arriva de-là que les esclaves opprimés et sujet à des flagellations fréquentes, résolurent entreux de se soustraire à ces vexations. Ainsi cherchant les occasions de sassembler, ils conférèrent assez longtemps entreux des moyens de secouer le joug de leur servitude, avant que de mettre comme ils le firent enfin, leur projet à exécution. Il y avait parmi eux un Syrien de nation, né dans la ville dApamée, magicien de profession, et fabricateur de prodiges, qui appartenait à Antigène citoyen dEnna. Il se donnait pour un homme qui avait le don de voir lavenir dans les songes, et il avait déjà imposé à un assez grand nombre de gens, par la prérogative quil sattribuait en cette matière. Partant de cette imposture pour aller plus loin, il prétendit bientôt que les dieux lui apparaissaient dans le jour même, quil sentretenait avec eux tout éveillé quil fût, et quils lui révélaient lavenir. Or quoiquil ne débitât que les rêveries qui se présentaient à chaque fois à son esprit, le hasard fit que quelques-unes de ses prédictions se trouvèrent véritables. Ainsi personne ne relevant les fausses, et tout le monde faisant valoir celles que le hasard vérifiait, la réputation de ce faux prophète saccrut prodigieusement. Dans la suite même il savisa de faire sortir de sa bouche des flammes artificielles, ou des étincelles quil accompagnait de gestes et de contorsions de fanatique, quand il avait quelque prédiction à faire ; de sorte quon ne doutait plus quil ne fût inspiré par Apollon même ! Quoiquau fond tous ses prestiges ne consistassent quà insinuer dans sa bouche des noyaux ou des coquilles de noix remplies de matière inflammable. Avant même que de lever létendard de la révolte, il avait dit à beaucoup de gens et à son maître même, que la déesse de Syrie lui était apparue, et lui avait prédit quil serait roi. Comme on tournait cette prédiction en risée, Antigène son maître se divertissait lui-même de lextravagance de son esclave, le menait avec lui aux repas où il était invité ; et là on demandait à Eunus, car cétait le nom de cet insensé, comment il traiterait dans le temps de sa royauté, chacun de ceux qui se trouvaient à table avec lui. Il répondait sans se déconcerter à toutes les questions : déclarant sur tout quil serait doux et humain, surtout à légard de ceux qui avaient été ses maîtres. Par se semblables propos et dautres encore plus impertinents, il faisait rire tous les convives. En plusieurs maisons, on lui faisait présent de ce quon enlevait de plus exquis de dessus de la table, en le priant de ne pas oublier ses anciens amis, lorsquil serait monté sur le trône. Mais enfin toutes ces extravagances aboutirent à laccomplissement réel de sa prophétie, et il fit exactement étant roi tous les présents quil avait promis à ceux qui ne lui avaient demandé que par risée et pour se moquer de lui. Or voici quelle fut la cause actuelle et immédiate de cet événement extraordinaire. Un citoyen dEnna, nommé Dampphile, que ses richesses avaient enorgueilli et rendu barbare, traitait ses esclaves avec une sévérité cruelle, et sa femme, nommée Mégallis animait encore son mari, et lui suggérait tous les jours de nouvelles inhumanités. Les esclaves poussés à bout et désespérés, en vinrent à conclure entreux de se défaire de leurs maîtres. Ils sadressent dabord à Eunus, et lui demandent comme à un homme inspiré, si les dieux autoriseront la vengeance quils méditent. Eunus contrefaisant dabord lenthousiasme suivant la coutume, leur répondit que les dieux contentaient à leur entreprise, et il leur conseilla de plus den hâter lexécution : ils sassemblent aussitôt au nombre de quatre cents, et sous la conduite dEunus qui mettait en usage son vomissement de flammes, ils entrent dans la ville dEnna. Là pénétrant dans les maisons, ils y font un massacre effroyable, sans épargner les enfants quils arrachent du sein de leur mère pour les jeter contre terre ; mais il est impossible de faire le détail des affronts honteux ou sanglants quils firent à toutes les femmes en présence même de leurs maris, soutenus quils furent bientôt par les autres esclaves établis et logeant dans les maisons particulières ; et qui après le massacre de leurs maîtres, se joignirent à ceux qui étaient venus de dehors, et ne firent quun corps avec eux. Cependant Eunus apprenant que son maître Damophile sétait retiré à la campagne avec sa femme, il envoya là une escouade de ses gens avec ordre damener le mari et la femme les mains liées derrière le dos, et quon ferait marcher en les frappant comme des animaux : mais en ménageant avec beaucoup dattention leur fille, qui avait toujours plaint les esclaves des mauvais traitements quon leur faisait essuyer, et qui leur avait procuré tous les soulagements qui étaient à sa disposition : réserve qui marquerait que la révolte actuelle nétait point une sédition aveugle et tumultueuse, mais un juste châtiment des cruautés de leurs maîtres. Arrivés dans la ville, ils firent monter Damophile et sa femme Mégallis sur le théâtre public, où tous les révoltés sétaient donné rendez-vous. À Damophile qui avait préparé sa défense, commençait à gagner une partie des assistants. Mais Hermias et Zeuxis le traitèrent dextravagant, et sans attendre que le public prononçât sa sentence, le premier lui enfonça son épée dans le corps, et le second lui emprta la tête dun coup de hache. Aussitôt Eunus est déclaré roi par la voix publique : non quil eût donné des preuves particulières de courage, ni quil eût jamais eu de commandement à la guerre, mais uniquement à cause de son enthousiasme prétendu, et parce quil se trouvait le chef de la révolte actuelle et présente. Outre cela son nom seul prétendait quelque chose de favorable et de bon augure pour ceux qui se soumettaient à ses ordres. Etabli donc souverain arbitre de toutes choses par les révoltés, il fit mourir dabord tous les citoyens dEnna qui avaient été pris vivants, à lexception de ceux dont la profession était de fabriquer des armes ; et dailleurs ceux-ci furent attachés à leur ouvrage comme des esclaves. A légard de Megallis elle fut livrée à ses esclaves, filles, pour en prendre la vengeance quil leur plairait. Après lui avoir fait souffrir plusieurs sortes de tourments, elles la jetèrent du haut en bas dun précipice. Eunus de son côté, fit mourir ses deux maîtres Antigène et python, après quil eût pris le diadème et les autres ornements royaux. Il déclara reine en même temps Syra sa femme qui était de même nation que lui, et il se forma un conseil de ceux de ses compagnons qui lui parurent les plus intelligents. Il y en avait un nommé Achaeus, et Achéen de nation, homme de bon conseil, et expéditif dans lexécution. Au bout de trois jours de temps il eut plus de dix mille hommes, munis de toute espèce darmes que le hasard leur avait fournies, et il en rassembla dautres armés de haches, de frondes, de faux, de bâtons brûlés par le bout, de broches mêmes de cuisine, et qui laidèrent à ravager toute la campagne des environs. Enfin ayant ramassé une infinité desclaves ou de gens sans aveu, il osa attaquer des commandants darmée et les Romains mêmes : de sorte quayant rencontré plus dune fois des détachements qui se trouvaient moins forts que lui, il avait eu réellement lavantage. En un mot il parvint à se voir à la tête de dix mille hommes de troupes réglées. Dun autre côté cependant un certain Cléon de Cilicie, entreprit aussi de former une armée desclaves révoltés ; cette nouvelle sédition fit concevoir lespérance que ces deux partis sattaquant lun lautre, et se ruinant réciproquement, délivreraient la Sicile du fléau cruel dont elle se voyait alors infestée. Mais par un événement tout contraire, ces deux bandes de séditieux sunirent ensemble ; Cléon se soumit pleinement à lautorité dEunus, et le regardant comme roi, il lui offrit les cinq mille hommes quil amenait à son service, et quil ne commanderait que comme son lieutenant. A peine sétait-il passé un mois depuis cette seconde révolte, que le commandant romain Lucius Hypsaeus arriva de Rome, et se mettant à la tête de huit mille Siciliens, il attaqua les révoltés, qui étant au nombre de vingt mille, remportèrent sur lui une victoire complète. Mais bientôt après cette victoire, ces vingt mille hommes saugmentèrent, et parvinrent jusquau nombre de deux cents mille : de sorte quentre plusieurs rencontres quil y eut entre les Romains et eux, ce furent eux qui eurent beaucoup plus de fois lavantage. Le bruit dun pareil succès étant parvenu jusquà Rome, y donna lieu à un complot qui se forma dabord entre cent cinquante esclaves. Il y en eut un bien plus grand nombre dans lAttique, où une pareille sédition assembla plus de mille hommes à Délos ou en dautres lieux ; mais la vigilance des magistrats et la promptitude des châtiments arrêta bientôt le progrès dune si dangereuse révolte. Lon ramena même à la raison par de sages remontrances plusieurs de ceux qui sétaient laissé emporter dabord par cet espèce de fanatisme. Mais le mal augmentait de plus en plus dans la Sicile ; les rebelles y emportaient les villes, en faisaient prisonniers tous les habitants, et détruisaient même des armées entières : jusquà ce quenfin le général romain Rupilius, eût repris Tauromène, après avoir amené les assiégés aux derniers excès de la famine, et les avoir réduits à manger dabord leurs propres enfants, ensuite leurs femmes, et enfin à se manger les uns les autres. Il se saisit là de Camanus frère du capitaine Cléon, lorsquil croyait séchapper par une porte : enfin le Syrien Sarapion lui ayant livré la ville en traître, tous ces esclaves tombèrent au pouvoir du commandant romain qui les assiégeait, et qui les ayant entre les mains les fit passer par toutes sortes de supplices avant que de les précipiter du haut en bas du rocher. Marchant de là vers Enna, il réduisit cette seconde place aux mêmes extrémités que la précédente, et lui ôta toute espérance de salut : Cléon qui avait fait une vigoureuse sortie fut tué de la main même de Rupilius à la fin dun combat quil avait soutenu héroïquement. Le vainqueur fit exposer son corps, et voyant que la ville était imprenable de vive force, il trouva moyen de sen rendre maître par la fraude. Eunus prenant avec lui six cents de ces assassins se retira avec eux par crainte et par lâcheté sur un roc inaccessible. Mais ses camarades qui furent instruits des approches de Rupilius qui venait à eux, ne trouvèrent dautre ressource que de ségorger réciproquement les uns les autres : pour Eunus ce roi de théâtre et cet inventeur de prestige grossiers, après avoir cherché honteusement à se cacher dans quelques cavernes souteraines, il en fut tiré avec quatre autres, son cuisinier, son patissier, celui qui le frottait dans le bain et le plaisant de profession qui le divertissait à la table : jeté enfin dans une prison à Morgantine, il périt dévoré par la vermine dont il fut couvert. Rupilius parcourant enfin avec un corps délite toute la Sicile, la délivra de ces bandits en moins de temps quon aurait cru. Du reste le ridicule aventurier Eunus sétait donné le surnom dAntiochus, et avait fait prendre aux misérables qui le suivaient celui de Syriens.
LIVRE XXXVI.
1. Dans le même temps que Marius venait de défaire dans un grand combat Bocchus et Jugurtha rois dAfrique, auxquels il avait fait perdre une infinité de soldats ; et lorsquil avait en sa possession Jugurtha prisonnier de guerre, qui lui avait été livré par Bocchus même, dans la pensée quun présent de cette nature lui ferait pardonner la guerre quil avait lui-même faite aux Romains ; dans le même temps encore que les Romains venaient dessuyer des pertes sanglantes dans la guerre quils avaient eue contre les Cimbres dans les Gaules, ils apprirent que des milliers desclaves sétaient soulevés dans la Sicile. Cette nouvelle jeta dans une grande perplexité la république, qui venait de perdre contre les Cimbres une armée délite de soixante mille hommes ; et qui ne voyait pas de quoi fournir à la nouvelle expédition qui se présentait à elle. Avant même la rébellion des esclaves de Sicile, ils avaient essuyé en Italie des révoltes, qui à la vérité navaient ni été longues ni considérables, et qui semblaient navoir servi que dannonce et de présage à celle qui devaient sélever dans la Sicile. La première avait paru à Nucérie, où une trentaine desclaves soulevés furent bientôt punis de leur audace. La seconde arriva à Capoue : celle-ci quoique composée de deux cents hommes fut dissipée aussi promptement que la précédente : mais la troisième fut accompagnée de circonstances plus singulières. Il y avait à Rome un chevalier romain nommé Titus Minutius né dun père très riche. Il se laissa gagner par les charmes dune esclave très belle qui ne lui appartenait pas ; et après en avoir joui, sa passion pour elle augmenta prodigieusement. Il en vint à cet excès de folie, que le maître de cette esclave ayant peine à lui céder, il lui en offrit sept talents attiques, en prenant des termes pour le payement de cette femme. Le vendeur comptait sur la richesse de lacheteur ; et le jour de léchéance sapprochait, lorsque ce dernier demanda encore un délai de trente jours. Cependant sa passion augmentant, sans quil pût rassembler largent promis, il conçut le noir projet de perdre son créancier, et en même temps de semparer de la puissance souveraineté. Dans ce dessein, il commanda cent armures complètes, quil promettait de payer dans un terme précis, et quon devait lui apporter secrètement sur sa parole, dans une maison quil avait à la campagne. Là ayant assemblé jusquau nombre de quatre cents esclaves fugitifs, il se revêtit de la pourpre, il mit le diadème sur son front ; et soutenu par la troupe rebelle quil avait autour de lui, il fit dabord frapper de verges et décapiter enfin ceux qui lui demandaient le prix de la fille esclave quil leur avait enlevée. Il se saisit ensuite à main armée de tous les villages voisins. Il recevait et fournissait darmes tous ceux qui venaient deux-mêmes se rendre à lui, et massacrait tous ceux qui lui faisaient quelque méfiance. Ayant assemblé ainsi près de sept cents hommes, il les distribua par centuries ; et sétant formé un camp bien clos et bien muni, il y reçut tous les esclaves qui abandonnaient leurs maîtres : cette rébellion dura jusquà ce que la nouvelle en ayant été portée à Rome, le sénat pourvût sagement à ce désordre, et en arrêta les suites. Il chargea un de ses généraux qui était encore dans la ville, L. Lucullus, de châtier les esclaves fugitifs. Le même jour que celui-ci eut levé dans Rome six cents soldats, il partit pour Capoue, où il rassembla quatre mille hommes de pied, et quatre cents hommes de cheval. Minutius apprenant que Lucullus se disposait à venir à lui, se saisit dune hauteur déjà fortifié, où il se posta nayant en tout que trois mille cinq cents hommes. Dans la première attaque les révoltés qui avaient pour eux lavantage du lieu, se défendirent et repoussèrent les agresseurs. Mais ensuite Lucullus gagnant par des présents considérables Apollonius le plus considèrable des officiers de Minutius, et lui promettant limpunité sur la foi publique, lengagea à lui livrer tous les complices de la rébellion. Mais au moment quApollonius, pour exécuter sa promesse, mit la main sur Minutius ; celui-ci pour prévenir le supplice qui lattendait, se perça lui-même de son épée ; et tous les compagnons de son entreprise à lexception du seul Apollonius qui les avait trahis, furent égorgés. Tout cela ne fut que le prélude de la grande révolte qui arriva dans la Sicile, et dont nous exposerons ici lorigine. Dans lexpédition de Marius contre les Cimbres, le sénat lui avait permis demprunter du secours des peuples qui habitaient au-delà des mers, ainsi il sétait dabord adressé à Nicomède roi de Bithynie, pour lui demander par des ambassadeurs des troupes auxiliaires. Ce roi répondit que la plupart de ses sujets avaient été enlevés par les publicains de Rome, pour être vendus comme esclaves dans les provinvces de lempire romain. Sur cette réponse le sénat fit un décret, par lequel il était défendu de rendre esclave aucun homme libre, dans toute létendue des provinces alliées au peuple romain ; et il chargea en même temps les préteurs ou les proconsuls de remettre en liberté tous ceux qui se retrouveraient dans le cas dont il sagissait. En conséquence de ce décret Licinius Nerva alors préteur en Sicile, fit examiner devant un tribunal dressé exprès pour lexamen de cette espèce de cause ; létat de tous les complaignants ; de sorte quen peu de jours il y en eut plus de huit cents qui furent restitués à leur première condition, et remis dans la liberté qui leur avait été injustement et témérairement ravie. Mais cette équité même eut une suite dangereuse : car sur lexemple que lon venait de voir, tous les esclaves de lîle conçurent lespérance de leur affranchissement. Aussitôt les personnages les plus importants de la province se rendirent auprès du préteur, pour linviter de terminer là ses perquisitions sur cet article. Ce magistrat, soit quil fut gagné par les présents des riches, soit quil voulut ménager la faveur des grands, abandonna toute recherche au sujet des esclaves, et il renvoya avec dédain à leurs maîtres tous ceux qui venaient se plaindre à lui de la liberté quon leur avait arrachée contre le droit de leur condition et de leur naissance. Aussitôt ceux-ci formant une ligue entre eux, sortirent dabord de Syracuse ; et se rendant de concert dans le bois qui environne le temple des Palices, ils prirent là des mesures entre eux pour une révolte générale : et le bruit de leur entreprise sétant répandu au loin, les esclaves de deux frères très riches de la ville dAncyre levèrent les premiers létendard de la révolte, et se déclarant libres, prirent pour chef un nommé Oarius. Ils commencèrent par tuer leurs maîtres dans le sommeil ; et parcourant les maisons de campagne des environs, ils excitèrent un grand nombre dautres esclaves à se mettre en liberté ; de sorte que dès cette première nuit, ils se trouvèrent plus de six-vingt. Ils se saisirent dabord dun lieu fort par sa nature, et quils fortifièrent encore, à laide de quatre-vingts autres révoltés qui étaient venus se joindre en armes. Licinius Nerva préteur de la province qui sétait aussitôt mis en marche pour les chasser de leur fort, ne put y réussir : de sorte quayant recours à ladresse, il fit promettre la vie à un certain Caius Titinius surnommé Gaddaeus. Celui-ci avait été condamné à la mort deux ans auparavant, et sétant sauvé, il volait et assassinait sur les grands chemins tous les riches, mais ne faisait aucun mal aux esclaves et autres gens de la sorte. Se présentant donc au pied du fort, accompagné de quelques hommes qui lui ressemblaient, il déclara quil venait se joindre aus assiégés contre les Romains. Là dessus ayant été reçu et accueilli, il fut encore nommé gouverneur et commandant pour les assiégés. Mais il ne fit usage de son nouveau titre que pour livrer la place aux assiégeants. Une partie des rebelles fut tuée dès le premier abord des ennemis, une autre pour prévenir le supplice qui leur était réservé, se jeta du haut en bas du mur et du rocher : cest ainsi que se termina cette première sédition des esclaves de la Sicile. Les troupes ayant été licenciées, on apprit quenviron quatre-vingt sept esclaves sétant attroupés avaient égorgé un chevalier romain nommé Clonius, et grossissaient toujours leur nombre. Le chef de larmée romaine en Sicile, trompé par les faux avis quon lui donnait avait laissé lui-même aux rebelles le temps de se fortifier. Mais enfin il marcha contre eux avec le peu de troupes quil avait encore auprès de lui : et ayant passé le fleuve Alba, il laissa les rebelles sans le savoir, sur le mont Caprian, et il vint jusquà Héraclée. Les esclaves ne manquèrent pas dimputer à la crainte quon avait deux, la méprise de ce général, et par là ils attirèrent à leur parti un assez grand nombre de nouveaux camarades : de sorte que formant déjà un corps considérable, et ramassant de part et dautre, ce quils purent trouver darmes, ils se virent dans les sept ou huit premiers jours au nombre de plus de huit cents hommes, et montèrent peu de jours après jusquà deux mille. Le général romain apprenant ce progrès dans Héraclée où il était, nomma pour commandant contre eux M. Titinius, et lui donna pour corps de troupe six cents hommes de la garnison dEnna. Celui-ci ayant attaqué les révoltés, qui étaient bien plus forts que lui, et par le nombre et par lavantage de leur poste, fut battu : la plus grande partie de ses gens demeura sur place ; et tout le reste jetant les armes échappa à grand peine par la fuite. Les vainqueurs tirèrent de là une nouvelle audace, et il ny avait plus un seul esclave qui ne se crût à la veille de la liberté. Ils abandonnaient leurs maîtres les uns après les autres, et en si grande foule quen très peu de jours, ils se virent au nombre de plus de six mille. Sétant assemblés pour tenir un conseil entreux, ils se donnèrent pour chef un nommé Salvius, qui passait pour se connaître au vol des oiseaux, et qui dans les fêtes ou solemnités où les femmes sassemblaient leur jouait sans cesse de la flûte Aussi dans tout le temps de sa royauté, neut-il dautre soin que dentretenir loisiveté et les réjouissances publiques. Partageant son armée en trois corps, et donnant à chacun son chef, il leur prescrivit de courir tout le pays par bandes séparées, et de se rassembler tous ensuite dans le même lieu. Ayant ramassé par ce moyen un grand nombre danimaux de plusieurs espèces, ils se trouvèrent fournis en peu de temps de plus de deux mille chevaux, et ils navaient pas moins de vingt mille hommes de pied qui même étaient déjà formés aux exercices de la guerre. Ainsi sattaquant dabord à la ville de Morgantine, ils la pressaient par des assauts vigoureux et continuels. Le préteur dans le dessein de la secourir savança de nuit vers les murailles, ayant avec lui environ dix mille hommes, tant de lItalie que de la Sicile même. Il trouva en arrivant les rebelles occupés au siège de cette ville : ainsi se jetant sur leur propre camp, où il restait peu dhommes pour le garder, mais un grand nombre de femmes captives, une quantité prodigieuse de hardes et autres dépouilles amenées là : il emporta aisément tout ce butin, et revint aussitôt devant Morgantine. Là les révoltés se jetant tout à coup sur lui de la hauteur où ils étaient postés, eurent un grand avantage sur leurs agresseurs , et mirent en fuite les troupes romaines. Le chef des rebelles fit aussitôt publier lordre de ne tuer aucun des fuyards qui jetterait les armes ; et ce fut par cet expédient que la plupart des Romains séchappèrent. Salvius ayant ainsi recouvré son camp, et gagné une victoire importante, recueillit une grande quantité de dépouilles. Il nétait pourtant pas péri en cette rencontre plus de six cents hommes tant Italiens que Siciliens, à cause de la réserve qui avait été prescrite par le vainqueur. Mais on fit quatre cents prisonniers. Cependant cet heureux succès ayant donné moyen à Salvius de doubler son armée, il se voyait maître de toute la campagne : aussi il revint devant Morgantine, et fit publier à son de trompe quil y donnerait la liberté à tous les esclaves. Mais les citoyens de cette ville leur ayant fait la même promesse sils aidaient leurs maîtres à se défendre, ils crurent trouver plus de sûreté dans la parole de ces derniers, et ils combattirent avec tant de zèle quils parvinrent à faire lever le siège. Cependant le préteur Nerva ayant annulé cette promesse des maîtres, donna lieu à la plupart des esclaves de passer chez les ennemis. La contagion de ce mauvais exemple gagna alors les villes et tout le territoire dEgeste et de Lilybée. Le chef de ces nouveaux révoltés fut nommé Athénion Cilicien dorigine, homme dun très grand courage. Celui-ci chargé de ladministration du bien de deux frères, et se croyant très profond dans lart de la divination astronomique, assembla dabord autour de lui deux cents esclaves sur lesquels la fonction lui donnait autorité ; et gagna ensuite quelques autres du voisinage il réunit bientôt plus de mille hommes. Sétant fait nommé roi par eux, il prit le diadème, et tint dans sa révolte une conduite toute différente de la leur. Il ne les recevait pas tous indifféremment dans ses troupes ; mais faisant son choix des plus braves, il ne donnait aux autres que les fonctions auxquelles ils étaient accoutumés, et ne leur demandait que ce quils savaient faire : par là il procurait à son camp toutes les commodités quon peut avoir à la guerre. Il supposait encore que les dieux lui avaient pronostiqué depuis longtemps quil deviendrait roi de toute la Sicile : quainsi ils devaient ménager eux-mêmes les animaux, et les fruits dun territoire dont ils devaient bientôt jouir sous sa domination. Là dessus les assemblant au nombre de plus de dix mille, il entreprit le siège de Lilybée, ville imprenable par elle-même. Ainsi navançant point dans ce projet, il labandonna en disant quil en avait reçu lordre des dieux, qui les menaçait tous dun revers funeste, sils persistaient dans leur entreprise. Dans le temps même quils se disposaient à la retraite , il entra dans le port de cette ville assiégée, une escadre de vaisseaux qui amenaient un renfort de troupes mauresques, toutes délite. Cétait un secours qui venait aux Lilybéens sous la conduite dun capitaine nommé Gomon. Celui-ci attaquant de nuit les troupes dAthénion qui étaient déjà en marche pour leur retraite, en tua une grande partie, en blessa autant, et entra enfin dans la ville. Ce revers étonna beaucoup ceux qui avaient compté sur la grande pénétration de leur chef en matières astrologiques, mais en général la Sicile se voyait livrée alors à un grand nombre de calamités, et de troubles. Ce désordre ne venait pas seulement des esclaves, les gens de famille libre qui se trouvaient dans la pauvreté exerçaient toute sorte de brigandages ; et de peur que ceux quils avaient volés, libres ou esclaves, ne portassent leurs plaintes contre eux, ils les égorgeaient impitoyablement. Il arrivait de là que les citoyens regardaient à peine comme un bien fut à eux les vergers ou plants darbres ou de vignes quils avaient à la campagne : et ils abandonnaient en quelque sorte aux brigands et aux coureurs toutes les possessions qui ne pouvaient être closes de murailles. En un mot il se passait alors dans la Sicile un grand nombre de choses contraires à lhonneur, et à la tranquillité dune nation policée. Au reste ce même Salvina qui avait assiégé Morgantine, après avoir ravagé par ses courses tout le pays qui sétendait depuis cette ville jusquà Leontium, rassembla dans cet espace une armée de trente mille hommes choisis : là il voulut offrir un sacrifice aux héros de lItalie, auxquels il consacra une de ses robes de pourpre, en reconnaissance de la victoire quils lui avaient procurée : et aussitôt se déclarant roi lui-même ; ses troupes lui donnèrent le nom de Tryphon. Dans le dessein quil avait de se saisir de Tricala, et den faire le centre de son royaume ; il envoya des députés à Athénion comme de la part dun roi à son lieutenant général. Sur cette hardiesse tout le monde se persuada quAthenion soutiendrait son rang, et défendrait sa dignité : ce qui faisant naître la dissension entre les deux chefs, préviendrait peut-être les maux dune guerre intestine, et dissiperait les deux partis. Mais la fortune en augmentant les troupes de lun et de lautre, donna lieu aux deux chefs de saccorder. Tryphon étant venu subitement avec son armée à Tricala, Athénion sy rendit à la tête de trois mille hommes, avec toute la déférence dun subalterne à légard de don commandant. Il avait pourtant déjà fait partir dautres troupes, pour ravager les campagnes, et pour exciter partout les esclaves à la révolte. Cependant Tryphon soupçonnant dans la suite quAthénion pourrait bien se degoûter de la seconde place dans cette entreprise, sassura de bonne heure de sa personne, et le fit mettre en prison : après quoi il fit fortifier la citadelle de Tricala déjà très forte de nature, et y fit faire des ouvrages qui pouvaient passer pour magnifiques. On dit au reste que le nom de Tricala fut donné à cette forteresse à raison de trois sortes de beauté dont elle était ornée. La première était des eaux de fontaine dune douceur admirable. Elle était entourée de campagnes couvertes de vignes et doliviers, et dont la terre était propre à toutes les productions de la nature. Enfin le lieu était extrêmement fort par lui-même étant défendu par un rocher inaccessible. Tryphon layant encore entourée dune ville de huit stades de tour, fermée elle-même dun fossé profond ; il sétait fait là un séjour délicieux, dans lequel il ne manquait daucun des besoins, ni même des plaisirs de la vie. Il sy fit élever un palais superbe, et fit construire au milieu de la ville un marché qui pouvait contenir un nombre innombrable de personnes. Il sétait composé aussi un conseil ou un sénat dhommes sages et éclairés, dont il prenait les avis et dont il comptait les voix dans ladministration de la justice. Quand il sagissait de prononcer une sentence, il se revêtait dune longue robe et dun laticlave. Il se faisait précéder aussi par des licteurs armés de haches et de faisceaux, en un mot il se donna tous les indices extérieurs de la puissance souveraine et de la suprême judicature. Enfin pourtant le Sénat romain voulant sopposer à cette révolte, nomma pour commandant général L. Lucinius Lucullus, auquel il fournit quatorze mille hommes tant de Rome que du reste de lItalie, et huit cents autres tirés de la Bithynie, de la Thessalie et de lAcarnanie. On leur joignit encore six cents Lucaniens qui avaient à leur tête Cleptius homme supérieur en courage et en science militaire. On en fit encore inscrire huit cents autres : de sorte que leur nombre total montait à près de dix-sept mille hommes. Lucullus entra ainsi accompagné dans la Sicile. Cest pour cela que Tryphon jugeant à propos doublier les sujets de plaintes particulières quil avait contre Athénion, ne songea plus quà conférer avec lui sur la guerre présente. Sa pensée était quil importait sur toutes choses de se défendre dans Tricala même, et dattendre là les Romains. Mais Athénion pensait au contraire, quil était important pour eux de ne point se laisser enfermer, et quils ne devaient se présenter à lennemi quen pleine campagne. Cet avis ayant prévalu, ils campèrent auprès de Scirthée au nomùbre de quarante mille hommes complets. Le camp des Romains nétait là distant du leur que de douze stades : et on commença à sattaquer de part et dautre, par des insultes réciproques. En étant venu enfin à une bataille réglée, la fortune avait tenu quelque temps le succès de la bataille en la balance, et le nombre de morts était à peu près égal de part et dautre, lors quAthénion accompagné de deux cents cavaliers choisis, couvrit dhommes jetés par terre tout le terrain qui lenvironnait. Mais enfin blessé lui-même aux deux genoux, il reçut encore une troisième plaie qui le mit hors de tout combat, et le rendit inutile pour le commandement même ; de sorte que tous ses soldats découragés et déconcertés se mirent en fuite. Pour lui se cachant dans le dessein de passer pour mort, il profita de la nuit qui savançait beaucoup pour se sauver lui-même. Ainsi les Romains remportèrent en cette occasion une victoire complète, et sur Tryphon et sur son armée : car sétant mis à la poursuivre, ils en firent périr encore vingt mille hommes. Tout le reste à la faveur de la nuit se réfugia dans Tricala, où il aurait même été aisé au vainqueur de les détruire totalement. Car ces malheureux étaient tombés dans un découragement tel, quils avaient projeté entreux de saller remettre eux-mêmes entre les mains et la discrétion de leurs maîtres, sils nétaient ensuite revenus à lavis de se défendre jusquà la mort, contre des gens dont ils sétaient fait des ennemis irréconciliables. Cependant à neuf jours delà le général romain vint assiéger Tricala. Cette entreprise fut mêlée pour lui de succès et de désavantages ; de telle sorte que les révoltés reprirent vigueur. Lucullus soit par négligence, soit par mauvaise intention ne faisait rien de ce quil devait faire ; de sorte quil fut enfin appelé en jugement par les Romains. C. Servilius qui fut envoyé pour prendre sa place ne fit rien non plus de digne de mémoire, sur quoi même il fut condamné à lexil, aussi bien que Lucullus. Dans lautre parti Tryphon étant mort, Athénion fut pourvu du commandement à sa place : tantôt il insultait des villes, tantôt il ravageait les campagnes, sans que Servilius se mit en devoir de sopposer à ses incursions. Mais à la fin de lannée C. Marius fut créé consul pour la cinquième fois avec C. Acilius. Celui-ci nommé commandant contre les rebelles, vint à bout par sa vigilance et par son courage de les détruire dans une bataille mémorable. Attaquant même personnellement Athénion, il eut contre lui un combat signalé dans lequel il le tua, quoiquil eût reçu lui-même une blessure à la tête ; après quoi il mit en fuite et poursuivit larmée ennemie qui montait encore à dix mille hommes. Or quoiquelle cherchât une retraite dans les remparts, Acilius ne se désista pas de la poursuivre, quil ne les eût tous en sa disposition. Il lui en manquait encore mille que commandait Satyrus. Mais comme ils se soumirent à lui par un député quils lui envoyèrent, il leur pardonna pour lors leur rébellion. Dans la suite, les ayant envoyés à Rome, il les destina à combattre dans les spectacles publics contre les bêtes féroces : en ce quétant présentés dans larène à ces animaux, ils ségorgèrent réciproquement les uns les autres devant les autels publics, et lon ajoute que Satyrus ayant tué le dernier de tous ceux qui restaient avant lui, se donna héroïquement la mort à lui-même. Ce fut là la fin tragique que la guerre des esclaves eut dans la Sicile, après y avoir duré près de quatre ans.
AVERTISSEMENT
Cest ici la véritable place dun chapitre de labrégé de lHistoire Romaine, faite par L. Anneus Florus ; que H. Etienne a cru à propos dinférer parmi les fragments de lHistoire universelle de Diodore ; ce chapitre de Florus contient une exposition de la guerre des esclaves appelée dans les Historiens, guerre servile, dont il sest agi dans les chapitres précédents. On sait du reste que Florus était de la famille du philosophe Sénèque, comme lindique son prénom Anneus Cet historien, Espagnol de naissance, vivait du temps de Trajan, 200 ans après Auguste. On le croit Auteur des sommaires de tous les livres de lHistoire de Tite-Live, et même du grand nombre de ceux qui sont perdus : quoique plusieurs croient que ces sommaires ont été faits par Tite-Live lui-même. Jai consulté sur larticle dont il sagit lexcellente édition de Florus à Leyde, chez Vander Linden 1722.
Voir Florus
SUITE DES FRAGMENTS TIRÉS DU LIVRE XXXVI DE DIODORE.
II. Il arriva de la ville de Pessinunte en Phrygie, à Rome, un nommé Barracés, prêtre de la grande déesse, mère des dieux. Ayant déclaré quil venait par leur ordre exprès, il se présenta aux magistrats et devant le sénat ; et là il déclara que le temple de la déesse avait été fouillé, et quil en fallait faire à Rome une expiation publique. Il portait au reste un habit et des ornements extérieurs, tout à fait inusités dans cette ville : car il avait sur la tête une couronne dor dune grandeur extraordinaire, et une robe fermée de fleurs brodées en or, qui faisaient ressembler son habit à celui dun roi. Etant monté dans la tribune pour parler au peuple, quil nentretint que de religion, on lui prêta une hospitalité généreuse et même magnifique. Mais un des tribuns du peuple A. Pompeius lui déclara quon lui interdisait la couronne. Ayant été mené de là par un autre tribun à la tribune aux harangues, on lui fit sur le sujet des expiations des temples un grand nombre de questions, auxquelles il donna des réponses qui marquaient un homme dont la tête était remplie didées superstitieuses. Tiré de la tribune par les officiers de Pompeius, et renvoyé honteusement dans son hôtellerie, il ne se montra plus en public, mais il disait à tout le monde quon avait offensé, non seulement lui, mais la déesse dont il était le ministre. Là dessus il arriva que le tribun fut attaqué de fièvre ardente, accompagnée dune violente esquinancie, qui lui fit perdre la parole sur-le-champ, et la vie trois jours après ; événement qui fut attribué à la vengeance de la déesse, dont on avait offensé le ministre ; dautant plus que les Romains sont deux-mêmes très superstitieux. Cest pour cela aussi que Battacés ayant eu authentiquement la permission de porter sa robe sacerdotale, et comblé même de présents de la part des hommes et des femmes de la ville, sortit enfin de Rome et revint dans sa patrie.
III. La pratique des Romains était, que lorsquun de leurs généraux, dans une bataille donnée contre les ennemis, en avait laissé plus de six mille sur la place, il était déclaré Empereur, et salué comme tel. Ce nom dans la Grèce et chez les autres peuples est rendu par celui de Roi.