La rue Pont d’Île
- ️Sat Apr 30 2022
La rue Pont d’Île est un piétonnier* très commerçant qui relie la place de la République Française au Vinâve d’Île et au Carré.
* Piétonnier depuis 1972.


Quelle est l’origine de ce nom ?
Il faut se rappeler qu’un bras de la Meuse, dit de la Sauvenière, décrit autrefois une large boucle et délimite le quartier de l’Isle (l’Île). Le pont qui permet alors d’accéder à cette île depuis le cœur historique de la cité s’appelle tout logiquement le pont d’Île (la flèche sur la gravure ci-dessous), dénomination qu’a conservée la rue qui se trouve aujourd’hui à cet emplacement :
Eau-forte d’Alexandre Aveline, 1689 ▲ Plan de Christophe Maire, 1720 ▼
On s’aperçoit, grâce au plan ci-dessus, qu’au pont d’Île, le bras de la Sauvenière se ramifie pour donner naissance à plusieurs cours d’eau plus étroits.
L’existence d’un pont à cet endroit, dont on ignore la date d’édification, est avérée dans la première moitié du XIe siècle.
Ce dessin du XVIIe siècle (qui figure parmi les vues anciennes de Liège recueillies par Léon Béthune) présente un pont en pierres, composé de onze arches, dont plus de la moitié supportent des maisons à l’instar du Ponte Vecchio de Florence. L’ouvrage commence à la hauteur de la rue de Wache et s’étend sur une grande partie de la rue Pont d’ïle actuelle. Le symbole des deux roues, vers le haut de l’image, supposent la présence de moulins actionnés par les biefs de la Meuse. La pointe de terre, juste à côté, forme l’angle des actuelles rues de la Régence et de l’Université.
Parmi les occupants des maisons bâties sur le pont, au fil du temps, il faut signaler des notables, des orfèvres, des horlogers, des imprimeurs (Desoer), des graveurs, des boulangers, des barbiers, des débitants de boissons, des brasseurs, des chausseurs, des artistes peintres, des luthiers, des négociants en vins et alcool, des maroquiniers, des marchands de faïences, des marchands de tissus…
Des enseignes servaient autrefois à différencier les habitations d’artisans, de négociants et même de bourgeois. En voici un exemple toujours existant au 41 de la rue Pont d’Île :
Ce détail de la gravure de Milheuser nous montre bien la configuration des lieux au milieu du XVIIe siècle, avec les îlots auxquels les cours d’eau ont donné naissance (îlots aménagés en jardins de demeures privilégiées). Autour du pont d’Île, on peut identifier la collégiale Saint-Paul (1), le Vinâve d’Île (2), le couvent des Dominicains (3), la place aux Chevaux devenue la place de République Française (4), la place Verte occupée de nos jours par l’îlot Saint-Michel (5), la cathédrale Saint-Lambert détruite à la fin du XVIIIe siècle (6), la collégiale Saint-Denis (7), les biefs de la Meuse devenus les rues de la Régence et de l’Université (8), le couvent des Jésuites anciens à l’emplacement de l’actuelle université (9).
C’est probablement la vue de Milheuser qui a servi de modèle à ce dessin qui illustre les notes archéologiques et architectoniques de Camille Bourgault (à découvrir en cliquant ICI) :
Sur le dessin ci-dessus, représentant la situation vers 1650, l’église du couvent dominicain est toujours celle issue du XIIIe siècle. Elle sera remplacée au début du XVIIIe par un édifice au dôme imposant, tel qu’on le voit sur l’illustration qui suit :
Ce dessin de C. Abingdon, réalisé en 1816, représente le bras mosan de la Sauvenière en amont du pont d’Île. À l’arrière-plan, la collégiale Saint-Denis. À droite, le dôme de l’église des Dominicains (fermé dès 1796 au début de la période française, le couvent sera finalement détruit en 1817).
Le même endroit en 1970 ▲ et 2003 ▼


Sur ce plan de la fin du XVIIIe siècle (juste avant les événements révolutionnaires), le cercle rouge représente le dôme du couvent des Dominicains, et la croix situe l’emplacement où sera construit le grand théâtre de Liège de 1818 à 1820. Remarquez que l’appellation « pont d’Île » (le trait rouge) ne concerne plus que les trois arches sous lesquelles passe le cours plus large de la Meuse, car le reste, avec les habitations de chaque côté, s’appelle déjà « rue du Pont d’Île ».
Devenus de véritables égouts à ciel ouvert, les biefs de la Meuse finissent par être comblés ou voûtés au début du XIXe siècle.
Dessin d’Alfred Ista d’après Charles Remont : les trois arches du pont d’Île au XVIIIe siècle (lesquelles disparaîtront en 1826).
Le même endroit au milieu du XIXe siècle ▲ et en 1975 ▼

La rue Pont d’Île au tout début du XXe siècle. Elle a hérité de l’étroitesse du pont bâti, et certaines caves conservent toujours des vestiges des anciennes arches.
Le bâtiment mis en évidence sur cette photo est l’ancienne brasserie des frères dominicains, cédée depuis le milieu du XVIIIe siècle à la famille Dejardin. Il est démoli en 1912 pour faire place au Kursaal, une salle de music-hall qui devient cinéma. L’établissement prend le nom de Caméo en 1927 puis de Normandie en 1939.
Le programme du cinéma Normandie en 1948-49.
Le cinéma Normandie en 1965 ▲ et peu avant sa fermeture en 1976 ▼

Revenons-en à l’ancienne brasserie des frères dominicains, que revoici au début du XXe siècle, quand elle est la propriété de la famille Dejardin :


À côté de la brasserie, il existait autrefois, « dans une partie en retrait vierge de bâtiment » (dixit Théodore Gobert), une fontaine alimentée par l’araine Roland. Érigée en 1718, cette fontaine au perron est transférée en 1870 dans la seconde cour du palais des princes-évêques. Elle se trouverait actuellement au Grand Curtius.
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